Je partage ici un échange avec une cliente en plein décryptage émotionnel, traversant une crise intense liée à sa relation de couple.
Ce que vous allez lire, c’est un cheminement pas à pas, lucide, sincère, courageux.
Ce n’est pas un “exercice de coaching” au sens classique du terme.
C’est un travail de décryptage émotionnel, un retour au réel, une mise en lumière de l’écart entre la situation telle qu’elle est et la manière dont elle est vécue.
Ce dialogue montre à quel point nos émotions – même les plus lourdes – peuvent devenir des clés précieuses pour comprendre ce qui se joue réellement en nous… à condition de les accueillir, sans jugement, avec bienveillance et précision.
Je publie ce texte (avec son accord, et quelques détails modifiés) car il illustre très concrètement comment décrypter ses réactions, signal après signal, émotion après émotion… jusqu’à retrouver une forme de clarté, de soulagement, parfois même de paix.
Cela ne résout pas forcément les problèmes de fond. Mais cela permettra de traverser la prochaine tempête émotionnelle avec un peu plus de présence, un peu plus de discernement, un peu plus de ressources pour trouver un juste positionnement plutôt que de subir ou réagir, dans l’urgence, ou la recherche compulsive de soulagement.
Benoit
Comment as-tu dormi ?
Comment te sens-tu ce matin ?
Laurence
Bonjour.
J’ai beaucoup dormi, je me réveille parfois et vite je commence à pleurer.
J’ai fait des cauchemars.
Ce que j'ai écrit ce matin :
Manque d’énergie : 6/10
Maux de tête
Gorge nouée
Poitrine dégagée comparativement à hier
Émotionnellement ?
Colère.
L’obstacle ?
Depuis hier j’ai envie de vider mon sac, exprimer mes sentiments, mettre des limites…
Il n’est pas prêt, il n’est pas là, il y a du monde à la maison donc on ne peut pas parler tranquillement.
Qu’y a-t-il derrière l’obstacle ?
Le désir de me soulager.
Avoir des réponses.
Prendre une décision de vie ou de survie afin d’arrêter la souffrance.
En quoi ai-je besoin ?
Soulager ma culpabilité d’avoir accepté ce que je considère comme inacceptable.
Benoit
Attention, il convient d'identifier le poids que l'on porte, qui est trop lourd, et dont on a besoin de se soulager.
Ici, tu identifies que c'est un poids de culpabilité d'avoir accepté ce que tu considères comme inacceptable.
Où est la faute ? Quel est le juge qui dit que tu as commis une faute ?
Personne ne te culpabilise à l’extérieur, ça se joue là toi avec toi-même.
Ce poids de culpabilité vient parasiter tout le reste.
Ça rend quasi impossible d'y voir clair sur les réels déterminants et besoins.
Tu n'as objectivement aucune raison de te culpabiliser.
Éventuellement avoir des regrets d'avoir fait quelque chose et de te rendre compte que tu aurais préféré faire autre chose. La culpabilité est ici irrationnelle et déconnectée du réel.
Mais comme la culpabilité est très difficile à vivre, bien évidemment, la seule chose que tu veux faire dans l'instant c’est de t'en débarrasser.
Malheureusement, ça te fait passer à côté de l’essentiel.
Donc ton décryptage est pas mal du tout.
Mais quand tu arrives à la culpabilité, il te faut décrypter celle-ci, et après revenir à la colère.
Si toutefois la colère est toujours là.
Veille à décrypter signal par signal, émotion par émotion, à bien faire la part des choses, à bien ancrer ton décryptage dans le réel, aller au bout, c’est-à-dire à ce qui se joue réellement en toi.
Alors ? Ce poids ?
Laurence
Le poids :
Avoir accepté, ne pas réagir fermement, ne pas mettre de limites face à des comportements de mon mari qui me font mal :
il envisage des activité de son côté sans me considérer et me respecter
il a commencé à faire des choix de vie importants sans m’en parler.
il partage des décisions me concernant sans mon consentement, comme si je n'existais pas dans l’équation.
Benoit
Pour quelles raisons as-tu besoin de réagir fermement ?
Qu’est-ce qui motive cela ?
Cela vient satisfaire quel besoin en toi ?
Laurence
Me sentir à ma place et me faire respecter.
Être alignée avec ce que je suis.
Benoit
Ça c’est la bonne raison qui look good.
Qu’est-ce qui se joue réellement en toi ?
Laurence
Besoin de sécuriser.
Benoit
Quel est le danger ?
Laurence
Mon image.
Benoit
En quoi ton image est en danger ?
Laurence
Je ne veux pas être une femme trompée, une femme qui subit, non respectée.
Benoit
Quel est le danger si tu as l’image d’une femme comme ça ?
Laurence
Ma fille, ma famille.
Benoit
Ça c’est à l’extérieur.
Quel est le danger pour toi ?
Laurence
Ma confiance en moi.
Benoit
Comment ça “ma confiance en moi” ?
Laurence
Accepter d’être cette femme = accepter l’humiliation et le non engagement.
Je me mets mes limites.
Benoit
Je ne comprends pas. Reviens au réel.
Quel est le danger ?
Laurence
Il n’y a pas un réel danger.
Rien.
Benoit
Comment te sens-tu maintenant ?
Laurence
Soulagée.
Benoit
Soulagée de quoi ?
Laurence
De me mettre la pression pour mettre des limites.
Benoit
Comment te sens-tu émotionnellement ?
Laurence
Vidée.
Benoit
Culpabilité ? Peur ? Colère ? Tristesse ?
Laurence
Rien.
Benoit
Alors laisse décanter.
Bravo pour ce décryptage qui est une bonne base.
Comme tu viens de l'expérimenter, il convient de tirer les fils en revenant constamment au réel, en faisant bien la part des choses, et en décryptant émotion par émotion.
Vigilance particulière avec la culpabilité qu’il faut décrypter dès qu’elle apparaît.
Car sinon, il ne sera pas possible de décrypter les autres émotions sans que leurs décryptages soient fortement biaisées par la culpabilité.
Pareil pour la honte : à décrypter en premier.
Ces tempêtes émotionnelles consomment beaucoup d'énergie, c'est épuisant. Si tu te sens vidée, tu as besoin de te ressourcer. Repose-toi. Et dès que des feux émotionnels s’allument, pose-toi et décrypte-les un par un.
Encore bravo pour la qualité de ta présence et ton décryptage.
Laurence
Merci Benoit


